AC/DC au Stade de France le 9 août 2025Un long chemin vers le sommetCommençons ce récit par un bref retour en arrière. Nous sommes en octobre 2023 et AC/DC vient de signer son grand retour sur scène au festival californien Power Trip. L'attention se porte sur Angus, qui désormais assume ses cheveux blancs et surtout sur Brian, qui réintègre le groupe pour notre plus grand plaisir (et notre soulagement) après l'épisode malheureux de 2016. Passée la joie de les revoir jouer ensemble, une appréhension commence à poindre: est-ce que notre chanteur bien-aimé réussira à améliorer ses vocaux sur les prochains concerts? Est-ce qu'il pourra tenir sur la durée? Car nous en sommes persuadés, AC/DC reviendra bientôt en Europe.

Février 2024. Les billets sont mis en vente pour la venue d'AC/DC à Paris Longchamp le 13 août prochain. Contre toute attente, c'est la désillusion dans ma chaumière. Après 8 ans d'absence, mon groupe fétiche revient en France pour se produire... dans un immense champ de betteraves à la visibilité réduite. Voilà c'est terminé pour moi, je les aurais vu 2 fois et c'est déjà bien. A moins que...
Février 2025. Après quelques minutes d'attente et de stress, j'arrive à prendre 2 places pour le concert du 9 août au Stade de France. Quel soulagement! Derrière nous les moments pénibles, le renoncement et l'acceptation. Comme en 2015 donc, je serai en tribune avec mon père. Plus qu'à patienter.
Ô temps! suspends ton volNous sommes le samedi 9 août 2025. C'est le jour J. L'excitation monte
crescendo depuis une semaine et l'heure n'est plus au doute. Les impressions glanées ici et là attestent d'un AC/DC dans une forme épatante. Je ne demande qu'à voir.
Pour l'heure, nous arrivons à Paris par le TER et il est déjà 16h40. Trop tard pour aller faire un tour à la boutique éphémère. Ils n'avaient qu'à annoncer les horaires d'ouverture plus tôt. Et je ne comptais rien acheter de toute façon.
On saute dans la rame du métro ligne 5 pour rallier notre hôtel. De station en station, de nouveaux T-shirts AC/DC viennent nous entourer. On est à peine une dizaine de fans et déjà ce sera représentatif du public de ce soir: tous les âges, toutes les provenances. A l'approche de la Gare du Nord, un autre genre d'individu monte dans la rame. Complètement camé et à moitié débraillé, le type semble se débattre avec lui-même. Fort heureusement, il ne sera dangereux pour personne et d'ailleurs nous descendons.
Après avoir récupéré les cartes-clés de notre chambre d'hôtel, on file prendre le RER. Une fois monté à bord, le thermomètre grimpe sans crier gare. Puis direction la porte U du stade, côté ouest. C'est loin, il faut faire le tour d'une enceinte qui semble ne jamais finir. On passe les contrôles sans souci et après quelques déambulations dans des couloirs interminables, nous voici arrivés à nos places en carré or. Premier constat: la vue sur la scène est excellente. Une scène encore plus épurée que celle de la tournée précédente. Deuxième constat: on est dans une sorte d'open space fait de tables séparées de vitres en Plexiglas. Etrange. Troisième constat: il fait chaud, on a soif.
A 19h pétantes résonnent les premières notes des Pretty Reckless, le groupe qui ouvre pour AC/DC depuis l'an dernier. Applaudissements polis à la fin du premier titre. Je continue mon dîner tranquillement tout en gardant un œil et une oreille attentives. Le hot dog a du mal à passer, de même que les 9 euros de la pinte. La musique passe sur moi sans m'affecter outre mesure. Ca joue bien, ça chante bien mais c'est tout. Petit mouvement de foule lorsqu'un gobelet se renverse à l'étage du dessus et vient se vider sur les marches en contrebas. Deux têtes penaudes se penchent timidement pour prendre connaissance des dégâts. Aucune victime à déplorer.
Moins d'une heure après le début des hostilités, c'en est fait de la première partie. Cette fois nous n'avons pas eu de groupe local en open air, dommage. Manque de pot, Bernard Minet n'était pas dispo.
Il est 20h30 et la vidéo qui sert d'introduction au show d'AC/DC est lancée sur les écrans géants. Angus, casquette bleue, cravate assortie, chemise blanche et costume rouge (bleu-blanc-rouge, vous m'avez suivi) plaque les premiers accords d'un If You Want Blood percutant et dévale l'avancée centrale jusqu'au bout de la plateforme, le poing levé et le visage plein de détermination. On a beau avoir vu l'image maintes fois, difficile de faire plus efficace comme entrée en matière. A la fin du morceau, Brian est tellement heureux d'être là qu'il en perd ses mots. Premier signe qui ne trompe pas. Arrive Back In Black. Le son est clair, précis, tranchant. On constate avec ravissement que Mr Johnson en a encore sous le capot. Et le voici de notre côté, levant un regard intrigué vers cette nouvelle configuration des gradins. Soudain il me reconnait et me salue d'un geste de la main. Je lui réponds en formant un cœur avec mes doigts. Tout du moins est-ce ainsi que j'ai ressenti ce moment.
Premier titre issu de l'album Power Up joué ce soir, Demon Fire nous tombe dessus comme un ouragan. Brian se surpasse et la fosse est prise d'une furieuse bougeotte, hurlant même le refrain d'un brûlot qui donne ici toute sa mesure.
Les tubes s'enchaînent sans faiblir. Highway To Hell arrive beaucoup plus tôt que d'habitude. 75000 gorges clament le refrain devant un Brian enchanté. Angus est déchaîné, prolongeant les fins de morceaux notamment sur Dirty Deeds et Whole Lotta Rosie. Tout le monde a le sourire jusqu'aux oreilles, Stevie se marre quand le diablotin s'approche de la batterie et que les musiciens, ne faisant alors qu'un, fracassent tout. Sur le break de High Voltage Brian se lâche complètement, je suis surexcité. Autour de moi, ça danse, ça chante bras levés. Première fois que j'ai droit à Stiff Upper Lip et Riff Raff en concert, ça aussi c'est une grande satisfaction. La soirée défile à grande vitesse. On se prend un Let There Be Rock d'anthologie, rythmique en béton armé, solo final où Angus semble ne jamais vouloir s'arrêter. "Good night!"
Après une courte pause, le public est mis à contribution sur les choeurs de TNT. Final dévastateur. Je tente de reprendre mes esprits alors que les premières notes de For Those About to Rock annoncent la fin de la fête. Coups de canons. Derniers instants avec Angus au bout de l'avancée. Brian nous dit au revoir. L'émotion est palpable.
Sur le chemin du retour à l'hôtel, on se dit que l'on vient d'assister à un concert en tous points magique. Dix ans après sa dernière venue à Saint-Denis, AC/DC s'est montré dans une forme qui rappelle le AC/DC des années 2000. Et si la section rythmique a entièrement changé depuis, Stevie, Matt et Chris ont fait un travail qui force le respect. Angus a été particulièrement généreux et m'a impressionné. Brian a fait voler en éclats toutes les réserves que je pouvais avoir. Il était vraiment à fond ce soir, à la fois détendu, investi et ému. C'était ma troisième fois et pour plein de raisons celle qui me laissera les souvenirs les plus forts. Et si ça devait être la dernière, je ne pouvais rêver mieux.
Difficile de trouver le sommeil après une telle soirée. La fatigue finira par avoir raison de moi. ZZZZZZzzzzzzzzzz